"Une pause? Après les vacances? Ce ne serait pas un peu abuser des bonnes choses? Et puis une pause de quoi? Depuis juillet, on n'a pas trop vu avancer les travaux nous..."
Hey oui, je l'avoue, et j'avoue d'ailleurs avoir hésité à la prendre, n'en ressentant pas spécialement le besoin après un très bel été déjà, mais finalement j'en suis ressortie encore + ressourcée et ancrée dans les convictions qui ont mené ma vie jusqu'alors. Et en ce qui concerne les travaux, c'est parce que je ne vous ai pas partagé ce qui se trame sous l'iceberg ! Je le révèlerai au fur et à mesure car mine de rien on n'a pas chômé cet été ! Il y aura d'ailleurs une très grosse avancée concrète en octobre.

Mais retour à la pause... Après le Hameau des Buis, c'est au centre des Amanins que nous avons posé notre baluchon quelque jour. Les Amanins, un centre agro-écologique pilote à quelques kilomètres de Valence initié par Pierre Rabhi (encore lui!) et un entrepreneur du nom de Michel Valentin (décédé depuis peu mais son âme hante définitivement les lieux!). Le programme? Quel programme? On a dit pauuuuse ! Bon, ça aurait quand même été dommage d'aller dans un lieu comme celui-ci pour rester les pieds en éventail et heureusement pour l'hyperactive que je suis, de nombreuses activités étaient proposées à notre convenance: traite des brebis, confection du pain, de fromage de chèvre...

D'ailleurs, je viens à peine d'arriver (avant l'heure normale d'accueil) que oh, un atelier de création de briques en terre crûe ! Me voilà, après une visite en bonne et dûe forme des installations et des diverses éco-constructions du lieu, à fourrer l'argile mouillé, de la simple terre finalement et de l'eau, dans un moule. Un coup de levier, et hop! Voilà une brique ! Bon, il faudrait y passer un certain temps pour construire une maison entière comme ils l'ont fait (et le procédé a aussi ses limites en terme de durabilité comme notre guide nous explique) mais tout de même, se dire que finalement, avec ce qu'on trouve sur place, on peut construire une maison, ça laisse pensif...
Sur ces entrefaites, le reste du groupe arrive dont Carine, une très bonne amie à moi qui m'a incitée à m'inscrire d'ailleurs. Nous partons nous installer dans nos cabanes dans les bois ("la petite maison dans la prairie" annonce la nôtre :)) avant d'être appelées pour le bon repas, bio et du jardin forcément sous une très agréable tonnelle encore du nom de Michel Valentin... Place aux choses sérieuses maintenant ! Le jeu ! Mais pas n'importe lequel, des jeux coopératifs pour apprendre à se connaître les uns les autres et à briser la glace à force grimaces et défis collectifs. Une méthode incroyablement efficace. En quelques minutes, tout le monde connaît le nom des 25 et quelques participants et les conversations vont bon train le lendemain. Il faut dire que ces personnes ne sont pas venues par hasard. Comme nous l'apprend un autre jeu, elles viennent de toute la France et toutes les générations sont au rdv dont un certain Paul, en fauteuil roulant, extrêmement touchant. Certaines, comme moi, sont porteuses de projets, d'autres y aspirent, d'autres encore sont juste venus se ressourcer ou reprendre espoir dans l'humanité, mais tous apportent leur richesse au groupe. Moi qui ait habituellement du mal à me faire ma place dans un groupe, là les choses se font très naturellement.
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| L'arbre à palabres :) |
Mais retour à nos moutons, ou plutôt nos brebis.. Vendredi, 6h30. Motivée ! Je me suis inscrite à la traite des brebis. Le réveil est difficile mais ce n'est pas tous les jours qu'on peut vivre ce genre d'expérience. Je suis un peu déçue néanmoins car la traite se fait avec une machine, limitant le contact avec l'animal. Cela ne la rend pas moins ardue pour autant et je suis bien contente d'avoir choisi de créer une ferme thérapeutique et non pédagogique ;) Je me nourris du moindre détail malgré tout, pendue aux lèvres de Michel, le salarié de l'association. Après le petit dej, je rejoins, quelque peu ensommeillée, le reste du groupe pour la visite officielle du lieu, visite qui commence par une visite de nous-mêmes sous "l'arbre à palabres", un magnifique mûrier propice aux confidences... Chacun se présente, explique son parcours, pourquoi il est là, ce qui le fait vibrer dans la vie. Beaucoup aiment chanter et Olivier l'animateur nous dit qu'on ne va pas échapper à la soirée chorale ! Il n'aura pas tort ;) Il nous annonce également la venue surprise le lendemain d'une autre chanteuse, une certaine Camille, égérie de la Nouvelle vague de la chanson française. Carine manque tomber de sa chaise (euh, sa botte de foin), elle l'adore. Moi je ne demande qu'à découvrir :) Olivier nous emmène ensuite pour la visite en elle-même incluant l'école (tenue par Isabelle, la compagne de Michel Valentin, qui n'applique pas les mêmes méthodes qu'au Hameau des Buis, sa pédagogie étant basée sur la coopération mais autour d'une transmission plus classique, j'y reviendrai plus tard), les jardins, les éco-constructions, la ferme... Il nous explique le montage du projet et nous raconte la vie du fameux Michel Valentin, entrepreneur à qui tout réussissait sauf donner un sens à sa vie. Jusqu'à ce qu'il rencontre Pierre Rabhi. Un "coup de foudre" qui se traduit par un lieu à l'image des 2 hommes, teinté d'humanisme et d'ambition. Olivier nous explique d'ailleurs, non sans humour, que les bénévoles attirés par le chantier étaient tombés de haut en travaillant sous les ordres de Michel. Eux qui, attirés par l'image de Pierre Rabhi étaient dans la coolitude, l'amour universel et tout le tintouin, ont vite déchanté ! Beaucoup sont partis, Michel a dû se remettre en question, en quelque sorte se construire lui aussi à travers ce lieu sans se départir pour autant de la poigne qui fait d'un doux rêve un succès concret. Michel Valentin a investi une bonne partie de sa fortune, tenant le lieu sous "perfusion" monétaire dans l'attente d'un futur équilibre qui tardait à venir. C'est alors qu'il a été emporté, sans que personne ne s'y attende, par une crise cardiaque lors d'un trek au sommet des montagnes l'année dernière... Au-delà du choc que cela a représenté pour l'équipe, il a fallu réaliser l'impossible, à savoir arriver à ce fameux équilibre en quelques mois à peine. La mission est aujourd'hui accomplie et le lieu ne désemplit pas poussé par une ambitieuse stratégie marketing. Comme quoi, le monde du coeur et des finances peut faire bon ménage... En l'écoutant parler, toute fatiguée que j'étais, je ressentais une forte énergie en moi, impressionnée par cet homme et m'y reconnaissant à la fois. Qui sait où j'en serai dans une vingtaine d'années ! Moi qui me sens souvent déchirée entre ce côté business et le versant + artistique des choses, d'un coup beaucoup de choses ont pris sens...

Après tant d'émotions, place encore à un bon repas puis à une nouvelle session de jeux coopératifs avec Delphine cette fois. Le principe des jeux coopératifs est simple: si une personne du groupe perd, tout le monde perd. La clé pour gagner est donc de s'entraider ! Démonstration est faîte à travers différents jeux qu'il serait trop long de détailler ici allant d'une mouche à un tapis volant en passant par une canne magique... Vous vous doutez bien que je prends des notes !! A la fin de l'activité, je rejoins Fabienne, une woofeuse (une bénévole si vous préférez) chargée du soin aux animaux: cochons, brebis, vaches, poules m'accompagnent jusqu'à l'heure du dîner, dîner suivi d'un film documentaire sur l'école du lieu, l'école dîte du Colibri (à défaut de pouvoir la visiter en vrai pour ne pas déranger les élèves).
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| L'école des colibris |
Cette école a donc été fondée par Isabelle, la veuve de Michel Valentin comme je le disais plus haut. La différence avec Sophie Rabhi, et le choix de son approche j'imagine, est qu'elle est institutrice de métier (contrairement à Sophie qui s'est formée directement à la méthode Montessori sans passer par la case IUFM). Ses cours sont donc + académiques tout en privilégiant le bien-être et les capacités naturelles de l'enfant. En effet, Isabelle accorde une grande importance à la Coopération (décidément, ce sera le mot fort du séjour!). Après avoir expliqué les consignes, elle laisse les enfants réfléchir individuellement à la solution puis confronter leurs idées et résultats en petits groupes, ce qui important le + étant la façon d'arriver à ce résultat et non pas ce dernier. Elle met également l'accent sur les 8 formes d'intelligence (logico-mathématique, littéraire, visio-spatiale, musicale, naturaliste, kinéstésique etc) quand l'école classique se résume et ne note que sur la base des 2 premières. Ainsi, chaque enfant identifie rapidement ses points forts et ses points faibles et trouve sa place dans le groupe sans jugement, tous étant complémentaires au final. La semaine est également ponctuée de grands moments démocratiques où les enfants sont invités comme au Hameau des Buis à évoquer leurs petits conflits avec les autres élèves (en les rejouant sous forme de petite scène de théâtre pour que chacun puisse donner son avis!), à discuter le fonctionnement de l'école, la répartition des tâches etc. Je pourrai faire à nouveau un post entier sur ce sujet mais, celui-ci étant déjà long, je vous invite si vous voulez en savoir + à vous procurer le film "Quels enfants laisserons-nous à la planète?". A la sortie, les yeux brillent dans le noir et les commentaires enthousiastes fusent mais cela n'empêchera personne, et surtout pas moi (!), de rejoindre rapidement les bras de Morphée car une très belle journée nous attend...
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Pierre et Olivier. Je vous laisse deviner qui est qui! ;) |
Samedi, 8h30. Le point d'orgue du séjour est arrivé, la fameuse rencontre avec Pierre Rabhi. Alex, qui a enfin pu quitter son travail entre temps, vient de nous rejoindre, juste à temps pour apercevoir Pierre, 54 kilos tout mouillé comme il le dit lui-même, venu nous éclairer en toute simplicité de son expérience. C'est alors qu'arrive la fameuse Camille, là aussi avec cette même décontraction, son bébé au sein, accompagnée de sa belle-mère, son mari Clément, et son autre enfant Marius, 4 ans. Comme nous, elle écoutera Pierre religieusement, définitivement portée par ses idées. Religieusement mais non dévotement. Le principal intéressé nous précise dès le départ qu'il n'est que le symbole de quelque chose de bien plus grand que lui. Il ne nous cache pas non plus son pessimisme pour l'avenir ou en tout cas l'urgence absolue de la situation et le rôle que nous avons tous à jouer dans cette (R)évolution. La rencontre se poursuit dans l'après-midi, cette fois autour des questions des participants, et en cadeau final, Camille, qui, en toute modestie, souhaite offrir à Pierre et à l'ensemble de notre groupe quelques unes de ses chansons. Le petit bout de femme se place au milieu du cercle et a à peine ouvert la bouche (et la boîte à rythmes de son corps) qu'elle nous a déjà tous envoûtés. Son mari, musicien, la rejoint sur quelques morceaux à la guitare et ce moment de grâce se conclue sur la chorale improvisée qu'elle nous fait devenir sur d'étranges mélodies. Un bien bel univers et une belle personne qui restera avec nous le reste de l'après-midi, je babysitterai même son fils de 4 ans ! ;)
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| Un ange passe... |
Encore portés par cette belle énergie, et leadés par Carine, qui a emmené son accordéon (et son don pour rassembler les gens :)), l'intermède musical ne fait que commencer ! Après le dîner, ceux qui le souhaitent sont invités à chanter et danser. Je finis par me lancer, tremblante, me demandant ce que l'acoustique de la salle va encore me réserver comme surprise, et invite le groupe au-delà de l'arc-en-ciel, "Somewhere over the rainbow". Dès la première note, je sens que quelque chose de magique est en train de se passer, quelque chose qui dépasse mon petit ego. Un silence religieux se fait ressentir et me donne des ailes. Le tonnerre d'applaudissements qui en découle me renverse de stupeur et de bonheur et je chanterai ensuite à tue-tête
sur un peu toutes les chansons, juste pour le plaisir d'être là; avec le groupe, d'y apporter ma voix :) Tout le monde est épanoui, et même Fred, un des participants les plus pessimistes et sceptiques au départ, s'en donne à coeur joie sur des chants de marin. Il rayonne, tout le monde rayonne, conscients de vivre un très beau moment d'éternité. A la demande générale, je conclus la soirée sur un "Amazing grace" qui leur va droit au coeur mais je ne sais pas encore à quel point... C'est "singing in the rain" que nous rejoignons en riant et sous une pluie battante nos cabanes...

Dimanche, 9h30. Bon là c'est loupé pour le petit dej et de toute façon la pluie n'a pas arrêté de tomber. Nous sommes censés visiter + en détails le jardin avec Alejo le maraîcher mais cela nous semble compromis (ça nous donnera une bonne occasion de revenir!). Alex, Carine, et moi préférons finalement nous réchauffer autour d'un bon jeu de société, lui aussi coopératif of course. Un jeu où il faut reproduire le plus vite possible des figures en 3D avec des formes en bois, clairement quelque chose qui ne fait pas appel à mon type d'intelligence lol. Mais finalement je m'amuse tout autant que tout le monde et use de mes autres intelligences pour perdre avec dignité ;) Le séjour touche à sa fin. Nous avons tous l'impression d'avoir vécu des moments très intenses et l'émotion est d'ailleurs palpable lors du cercle de clôture. Chacun repart avec quelque chose de fort, comme nous sommes invités à l'exprimer à tour de rôle. Un exercice qui d'habitude me plonge dans une profonde panique, mais quand vient mon tour finalement les mots sortent d'eux-mêmes, indifférents à ceux auxquels j'avais réfléchi en attendant mon tour... Fred est plus serein que jamais, le doyen Paul a un sourire qui ne le quitte plus, même Alex qui est arrivé au milieu de l'aventure en ressort profondément marqué par tant d'humanité. A l'issue du cercle, Olivier nous dit que la coûtume est de refermer le cercle avec quelques notes de musique suivi d'un moment de silence et demande qui veut se lancer. Et là, tous les regards se portent comme un seul homme vers moi et ce qui me vient spontanément c'est la chanson de mon colibri personnel, celle d'Elsee... Pendant le moment de silence, je m'imprègne de cette Evidence et cela m'émeut profondément. Ceux qui me connaissent savent à quel point j'aime chanter, dépasser ma timidité pour monter sur scène. Jusque là je le voyais comme un combat, quelque chose à gagner à la force du poignet, "Ecoutez-moi!" semblais-je crier (pas toujours juste d'ailleurs...). Mais là c'était très différent. J'ai profondément ressenti que cet amour du chant faisait partie du "package" que j'offrais au monde, une des clés pour y trouver ma place. J'ai senti dans mes tripes l'effet que ma voix, et à travers elle mon univers et mon histoire, pouvait avoir sur les autres, le bien même que cela pouvait faire à certaines personnes lorsqu'elle était donnée sans rien attendre en retour. Cela m'a retournée. Retournée, apaisée, et confortée dans la juste place qu'elle venait de trouver dans ma vie. Je n'aurai plus jamais peur car l'essentiel est ailleurs que dans la performance...

C'est sur cette note de profonde harmonie qu'Alex et moi avons quitté, non sans une petite larme les Amanins, cette pause pour mieux repartir, plus sereins et déterminés que jamais pour apporter notre petite goutte de colibri à cette révolution qui n'attend que nous...