samedi 12 octobre 2013

Intervenant professionnel en médiation animale (part 2) - La Révélation


Après tant d'émotions et de fragiles victoires, il m'est difficile de revenir ou en tout cas pas si vite. Moi qui suis rarement malade, j'inaugure d'ailleurs cette seconde rentrée avec un rhume carabiné, les psychologues apprécieront ;) De +, je vais devoir à nouveau faire ma place au sein d'un nouveau groupe (il s'agit cette fois du stage pratique, indépendant en soi de la formation précédente) et cette fois je n'ai pas les Balcons du Lac pour m'y aider... Arrivée sur place, je me rends compte que la quasi intégralité de ce nouveau groupe se connait déjà pour avoir suivi la première partie tous ensemble (celle que j'ai fait moi en avril sur l'inadaptation sociale) et la plupart sont éducateurs spécialisés. Ca commence bien... François s'enquiert en ce lundi matin de comment les projets ont évolué pour chacun depuis le dernier stage (le leur date de début septembre). Quand vient mon tour, j'ai malgré tout des choses à dire car cela a bien tourné dans ma petite tête depuis vendredi ! Notamment sur l'aspect financier du projet et sur comment concilier mon agence et cette nouvelle profession très demandante. J'exposerai les détails à ceux qui le souhaitent en privé mais ce qui compte pour l'instant, c'est que mon explication m'amène à parler de comment je gère mon agence au quotidien depuis la Bourgogne et du coeur de mon projet de zoothérapie, de ce côté rêve et imaginaire qui m'est cher et que je veux apporter sur le lieu d'accueil lui-même. Je me laisse emporter et les étoiles qui brillent alors dans mes yeux m'empêchent de voir que tout le monde me regarde comme hallucinés. C'est là que François, qui parlait précédemment de savoir se vendre, dit avec un grand sourire que tout est là avant d'enchaîner sur une pluie d'éloges me concernant comme quoi je ne suis pas là par hasard, qu'il a bien senti dès le début ma force de caractère et que je pouvais aller loin, très loin. A ces mots, dire que je tombe des nues serait un doux euphémisme. Moi qui portait mon manque d'expérience comme un fardeau qui m'empêcherait peut-être de parvenir à mes fins (ou alors en restant sur le côté animation pure), qui pensait blasphémer la terre du médico-social en parlant d'animations d'anniversaires, je réalise que c'est justement le fait d'avoir créé mon agence (entre autres expériences de mon parcours), au-delà du côté financier, qui m'a forgée pour pouvoir ouvrir prochainement mon centre de Médiation animale, qui me donne le droit, comme dit François "de rêver en couleurs". Il dit que c'est justement parce que je l'ai déjà réalisé (en créant cette agence notamment) que je deviens crédible et que tous mes jolis rêves ne sont qu'à un pas de la réalité (ce qui n'empêche pas comme je disais dans le post précédent de travailler en équipe avec des personnes ayant une expérience de terrain avec mes futurs "patients"). Lui d'ailleurs est un sacré phénomène dans son genre. Explorateur du grand Nord, musher (leader de chiens de traineaux), écrivain, entrepreneur, artiste à ses heures, c'est le type de personne "qui ne savait pas que c'était impossible alors ils l'ont fait". Un sacré personnage avec bien des défauts mais qui, par ces mots, m'a apporté ce que des milliers d'heures de formation n'auraient pas suffi à me faire acquérir: la légitimité.

La semaine commence donc sur les chapeaux de roue ! La question de mon intégration ne se pose même plus, tout le monde vient me poser des questions, cygne au milieu des cygnes... Tout reste à prouver cependant. Il s'agit du stage pratique et, même si finalement on passera beaucoup de temps en palabres, il s'agit de montrer ce que l'on a acquis. François revient sur le cas de Fabien, 3 ans et demi (que les autres n'ont pas eu à leur dernière formation). Heureusement, faute de temps je ne l'avais pas fini et je me plonge donc dans le montage de la séance type de 2 heures que l'on pourrait faire avec cet enfant là. J'avais noté dans les objectifs pour Fabien le "prendre soin de soi" (notamment car il arrive toujours tout sale et négligé aux séances d'observation et qu'il se lasse très vite du brossage du poney comme s'il n'en voyait pas l'intérêt). Comme souvent dès que j'ai défini mon angle (que ce soit ici ou dans mes animations), je pars dans une sorte de transe où je déroule mon fil: en très résumé, faire avec lui la cage des lapins et montrer leur contentement, faire un jeu sur table représentant l'extérieur du Centre et cacher des images des objets de soin du poney dans un but de stimulation langagière et cognitive d'une part et ensuite partir avec Fabien rechercher les vrais objets cachés aux mêmes endroits dans le Centre (stimulation de la mémoire et motivation affective car le parcours se fait avec le chien qu'aime Fabien et que des croquettes sont cachées comme autant de "cadeaux de Fabien" avec chaque brosse ou cure-pied trouvé), panser le poney avec ces nouveaux trésors (afin de valoriser le geste de soin) et faire ensuite un exercice de relaxation sur le poney autour du bruit des sabots. Finir en brossant les lapins et en faisant se brosser Fabien avec sa brosse à lui pour faire jouer l'effet miroir et le bien-être qui en découle). Je suis globalement contente de moi mais hésite malgré tout à partager mes conclusions, de peur encore une fois de trop verser dans le côté animation. Les autres attendent mes idées de pied ferme en tout cas et François ne me laisse de toute façon pas le choix ;) J'expose donc ma séance en insistant sur les objectifs visés et là encore, grand silence rompu par "mais où vas-tu chercher tout ça?" de Nelly, une des stagiaires qui deviendra ma grande amie :) Les autres aussi ont de très bonnes idées ce qui permet de nous rendre compte si besoin est de l'intérêt de travailler en équipe lorsque l'on sera installé.

Bingo et Daïka ont eux aussi droit à leur pause ;)

Le lendemain, on place la barre un peu + haut encore ! Nous sommes de nouveau avec André, François est là également et c'est l'heure du jeu de rôle. Personne ne se dévoue et c'est François qui me désigne d'office en me disant de mettre en application ce que j'ai proposé la veille. Là je panique mais m'exécute quand même, une fois encore je n'ai pas vraiment le choix ;) Je réunis tant bien que mal le matériel nécessaire et teste mon idée grandeur nature avec un enfant (une stagiaire qui joue le jeu) plutôt récalcitrant (comme je serai amenée à en avoir donc autant m'y faire tout de suite!). Je le motive tant bien que mal sur l'exercice (c'est un peu complexe car toute la partie préliminaire avec le jeu de plateau n'a pas été faite, on fait juste la partie de la recherche des trésors avec le chien donc je ne peux pas mettre en avant l'intérêt thérapeutique du lien qui était volontairement créé entre les 2) mais par contre il a à un moment une réaction très spontanée avec laquelle je me retrouverai confrontée un jour à coup sûr: quand il trouve la brosse du poney, il se met à brosser le chien avec, se détournant du coup de l'exercice. Sur le coup je reste quelque peu démunie et bien entendu les solutions me viennent une fois la simulation terminée. En tout cas, je trouve l'expérience vraiment intéressante et réalise qu'il ne faut pas "faire pour faire" (même si on est très fiers de ce qu'on a préparé lol), ce qui est une tendance chez moi (même dans mes animations) que je trouve là l'occasion de dépasser. Pour faire retomber la pression, je me porte cette fois volontiers volontaire pour incarner une petite fille en rivalité constante avec son frère et prend beaucoup de plaisir à mon tour à faire tourner l'intervenant (une autre stagiaire) en bourrique :-p

La formation se conclut à nouveau avec Cécile et ses ânes. Nous nous mettons cette fois dans la peau de personnes handicapées pour ressentir physiquement ce contact avec l'animal, une fois en nous installant dans un fauteuil roulant et tenant l'âne au licol le temps d'une promenade à hauteur de museau, et une fois les yeux bandés comme des aveugles, accrochés au cou de l'âne sur un parcours donné. Une jolie façon de terminer cette formation pratique et de faire le grand saut à notre tour dans notre future installation... ¨Prochaine étape maintenant: continuer ces cas pratiques à la maison avec de véritables enfants (notamment en soutien scolaire) dès que la salle d'éveil sera en place (début janvier au + tard, n'est-ce pas Alex? ;))) et rendre ensuite mon mémoire sur la base de ces cas concrets afin d'obtenir ma certification d'Intervenante Professionnelle en Médiation Animale. Suivi d'un stage pratique en avril avec Clochette et Toto sur la formation des chiens médiateurs (sachant que j'ai déjà pas mal de choses à leur faire bosser avant mais maintenant au moins je connais mes objectifs !).

La route est longue, cahoteuse, les choses ne vont pas toujours au rythme où je voudrais qu'elles aillent mais lorsque je regarde le chemin parcouru ne serait-ce que depuis le mois d'avril avec tous ces stages, rencontres et expériences, je me dis que ce n'est pas sans raison. Même si là je brûle d'envie de me lancer le plus rapidement possible pour mettre en application tout ce que j'ai appris ces derniers temps, je sais que la graine germera en son temps et que la fleur n'en sera que plus magnifique...

Vue des Balcons du Lac

Intervenant professionnel en médiation animale (part 1) - L'Approfondissement


Ca y est, je rentre tout juste de la 2è et dernière partie de ma formation à l'IFZ (Institut Français de Zoothérapie) en Isère. 2 semaines extrêmement riches dans tous les domaines et quelques peu inrésumables dans leur globalité donc pour une fois je m'en tiendrai aux faits :)

Qu'est-ce donc déjà que ce titre d'Intervenant Professionnel en Médiation Animale? On nous appelle également zoothérapeutes mais pour avoir le droit de porter ce nom, il faut déjà être thérapeute et pourtant s'il y a une chose que j'ai bien retenu de ces 2 semaines c'est que chacun a sa richesse à y apporter (bon ok, je vais être un petit peu personnelle finalement ;))

La Médiation Animale, c'est faire intervenir l'animal en tant que médiateur dans une relation triangulaire, intervenant, patient, et animal dans un but moteur, psychologique, cognitif, éducatif, affectif... En clair que l'animal, par sa simple présence ou par des ateliers spécifiques avec la personne en difficulté, permette d'atteindre l'objectif qui a été fixé par le thérapeute ou intervenant (après concertation de l'équipe thérapeutique ou éducative entourant habituellement la personne). Cela peut aller du soutien scolaire à la rééducation physique en passant par le développement de l'autonomie, le repérage dans l'espace, la psychomotricité fine nécessaire dans les gestes du quotidien, la prise de confiance en soi, le travail de la mémoire... Les champs d'applications sont infinis.

Pour + de détails, il vous faudra lire mon (futur) mémoire (qui valide la formation et permet d'obtenir le certificat de l'Institut et par là même le titre d'Intervenant Professionnel en Médiation Animale) mais vous trouverez déjà ci-dessous un aperçu de la formation telle que je l'ai vécue (+ particulièrement basée sur le "Trouble des apprentissages").

Le lundi, présentation des stagiaires et des projets respectifs de chacun. Certains sont éducateurs spécialisés, d'autres infirmières ou auxiliaires de vie, une autre a une pension pour chiens... Une seule institutrice bizarrement. La plupart en tout cas sont dans le médico-social et je me sens à nouveau toute petite quand mon tour est venu de me présenter en tant qu'animatrice pour enfants et créatrice d'une agence de goûters d'anniversaires. On m'a tellement claironnée qu'il ne s'agissait aucunement "d'occuper" les patients mais bien de répondre à leurs problématiques que je me sens d'office stigmatisée par mes compétences et mon approche ludique des choses. J'ai d'ailleurs bien tort mais à ce moment là je l'ignore. L'après-midi, place à la théorie concernant les troubles des apprentissages en eux-mêmes (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie et autres dysfonctionnements de la fonction cognitive), les différentes façons d'utiliser l'animal pour répondre à ces troubles, et l'éthologie canine.

Le mardi, on joue ! Pour la bonne cause bien sûr. En zoothérapie, on ne travaille pas qu'avec l'animal, on travaille également autour en proposant par exemple à la personne en difficulté une façon de répondre à ses troubles sous forme de jeux (par exemple, un Mémory pour travailler la mémoire mais cela peut être bien + complexe/recherché) mais toujours autour du côté rassurant de l'animal avec lequel le patient a créé un lien (par exemple, en lui faisant faire un puzzle représentant Bingo, le chien médiateur qu'il a été promener en laisse juste avant, qui, sous couvert d'amusement, fait travailler le schéma corporel). François Beiger, le formateur (et créateur de l'IFZ) nous sort différents jeux de la salle d'éveil, à nous de réfléchir à l'utilité de chaque jeu pour chaque catégorie de patient et la façon de l'utiliser, voire de le détourner pour répondre à nos objectifs avec ce patient. Nous abordons ce jour la partie concrète des choses: que faire pour répondre à un trouble donné? C'est là que je commence à réaliser que ma créativité d'animatrice pourrait finalement être bien utile...

La découverte du Sulky

Le mercredi, après 2 jours sur les bancs de l'école à prendre des pages de notes, nous rentrons dans le concret avec le contact direct à l'animal. Oscar en l'occurrence, un poney de 25 ans, multi-champion d'attelage, avec lequel nous allons découvrir les joies (et l'intérêt thérapeutique) du sulky. Marie, l'intervenante et son compagnon Denis sont de vrais passionnés et nous le transmettent sans peine. Comme nos futurs patients, nous pansons le poney. Là aussi, le but n'est pas d'apprendre à curer les pieds d'un cheval (même si un petit rappel est bien utile!) mais de se projeter avec son patient, comment et pourquoi on fait les choses, pourquoi on va utiliser avec ce patient telle brosse et pas une autre pour travailler tel objectif. Et heureusement car, après avoir appris à mener chacun à notre tour le sulky tiré par Oscar, Marie nous dit qu'il faut au moins un galop 5 et un diplôme de cocher pour avoir le droit d'en conduire un (sur la voie publique). Déception donc mais l'approche douce du cheval, elle, restera.

L'après-midi, c'est au tour d'André, éducateur canin, de nous transmettre sa passion et sa méthode très particulière pour obtenir ce qu'il veut de ses chiens (et d'autres). Là aussi la méthode est douce (pas de maître mais un "meneur" comme en danse) et les résultats assez spectaculaires. Je reviendrai d'ailleurs en avril avec Clochette et Toto pour un stage spécial chien médiateur (car comme il dit, on ira jusqu'où on peut aller avec chacun dans le respect de leur personnalité respective).

Le jeudi, la pression monte. François nous passe un cas concret, un enfant qui est passé par le Centre du temps où celui-ci en recevait encore. Fabien, 3 ans et demi, un petit bonhomme bien dégourdi mais à la fois surinvesti et négligé par sa mère qui le verrait bien rester éternellement un bébé (la dite maman a d'ailleurs fait placer volontairement ses 2 autres enfants dès qu'ils ont été trop "grands" pour elle). L'enfant a de gros problèmes d'élocution, un développement psycho-moteur incertain, un certain manque de confiance en lui, est très agité et a du mal à se concentrer + de quelques minutes. Après avoir étudié son anamnèse (fiche signalétique et historique) et lu le contenu des 3 séances préliminaires d'observation, nous devons identifier la(les) problématiques du patient mais aussi ses points forts, et de là définir 4 grands objectifs de travail et les ateliers spécifiques à mettre en place avec l'animal et en salle d'éveil pour répondre à ces objectifs. Nous passons un par un à l'oral pour transmettre nos conclusions. J'en tremble mais je passe l'épreuve finalement haut la main. Comme quoi, je ne suis peut-être pas psychologue mais j'ai le sens de l'analyse :) L'après-midi est + détendu. Nous parlons concrètement de comment monter notre projet, les étapes administratives, le matériel de sécurité, le budget et ce que l'on peut espérer gagner de cette profession (en un mot, réservé aux passionnés...). François nous montre également des mémoires d'anciens stagiaires pour savoir ce qu'il attend et le parcours réalisé par chacun.

Prêt à travailler !

Pour le dernier jour, nous sommes de nouveau dehors, cette fois avec Cécile (une ancienne stagiaire, cadre dans une entreprise qui après un burn-out a décidé d'ouvrir son asinerie (sorte de centre équestre mais avec des ânes) et autant vous dire qu'elle rayonne aujourd'hui!) et les ânes du centre. Le but est déjà d'apprendre à connaître ce fabuleux animal pour mieux appréhender ce que l'on peut faire (ou non) avec. Cette fois, c'est sous forme de jeux de rôles que nous faisons notre apprentissage, l'âne (ou le chien car André nous a rejoint entre temps), l'intervenant et le patient (joué par un stagiaire). Pour l'avoir déjà testé lors de ma première formation, je me confie d'office à André en lui disant que je sais que je serai beaucoup + efficace dans les conditions du réel mais là, me sentir jugée par les autres sur un exercice avec du matériel, des lieux, et des animaux qui ne sont pas les miens, je sens déjà que mon cerveau va "bugger" et que je risque de donner une piètre image de ce que je suis vraiment capable de faire. C'est là qu'il me sort LA phrase qui va tout changer: "il faut partir de son métier de base". D'un coup, c'est comme si toutes mes synapses entraient en connexion. Je propose le cas d'un enfant allergique à la lecture et me vient tout de suite tout un parcours basé sur le principe de la chasse aux trésors, un domaine que je connais bien en tant qu'animatrice. Le jeu commence. J'accueille l'enfant. La stagiaire joue bien son rôle et me dit d'entrée "j'veux pas lire!" et là je détourne la chose en lui disant que pas du tout, qu'aujourd'hui on va faire une surprise à Daïka (un des chiens médiateurs). Pour cela, j'ai caché des croquettes sous différents plots et sous chaque plot un petit mot indiquant sous forme d'énigme la cachette suivante. L'enfant doit faire tout le parcours avec le chien en laisse. Résultat: l'enfant se sent valorisé d'apporter ce cadeau à son ami à 4 pattes, il lit mais dans le plaisir et en comprend l'utilité et l'intérêt qu'il peut en retirer. Pendant le jeu en tout cas, je suis tellement convaincue que la stagiaire s'y laisse prendre et j'en oublie d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'un véritable enfant et que toute la classe nous regarde. André me dit à la fin que voilà, ce n'est pas plus compliqué que cela. Une évidence pour lui mais une prise de conscience énorme pour moi qui me prépare sans que je le sache encore à une 2è semaine riche en rebondissements !

A suivre... ;)

C'est l'heure de rentrer les oies
aux Balcons du Lac :)
(où j'étais hébergée avec les autres stagiaires)